Phobie scolaire

Miss L, 14 ans, arrive dans mon cabinet accompagnée de son papa qui m’explique que sa fille ne va plus à l’école, refuse de sortir dans des lieux publics clos et simule de terribles maux de ventre, à se rouler par terre … crampes qui s’envolent miraculeusement à 8H30, lorsqu’il est trop tard pour aller en classe.

Son père m’explique qu’il a tout essayé : des pédopsychiatres qui n’ont cessée de faire raconter encore et encore la douleur du récent divorce parental. Mais la situation se dégrade et il semble désemparé. Il a tenté d’amener de force sa fille à l’école. De la laisser libre de ne pas y aller pendant une interminable semaine. Il l’a même obligée à intégrer sa classe alors qu’elle était en retard. Rien, miss L souffre d’une phobie scolaire aiguë doublée d’une émétophobie qui est la peur irrationnelle de vomir en public.

Je commence donc mes séances de sophrologie avec une relaxation du corps, une détente allongée, détaillée, profonde. Miss L décrira s’être laissée bercer par ma voix, s’être sentie flotter sur un nuage. Elle apprécie le fait « d’avoir l’impression de dormir tout en sachant qu’elle ne dort pas vraiment ».

Comme pour la plupart des enfants ou pré adolescents, la sophrologie lui parle, lui paraît « super facile » et nous allons donc pouvoir commencer les visualisations positives ! L’objectif est simple : je lui propose, tous les soirs, d’imaginer sa journée du lendemain en se voyant de la façon la plus parfaite.

Après avoir longtemps discuté du déroulement de sa journée idéale, j’enregistre donc la séance du jour : elle se voit se lever le matin, calme, pleine d’énergie et super contente d’aller à l’école car elle sait que tout va bien se passer. Elle se sent sereine, elle prend un bon petit déjeuner, elle se voit manger un bol de corn flakes… avec des pépites de chocolat. Douchée, cheveux attachés, elle prend son cartable et s’imagine monter souriante dans la voiture de son père. Toujours calme et heureuse de rejoindre ses copines, elle lui souhaite la bonne journée et entre dans la cours du collège. S’en suivent, 2 heures de cours, elle se visualise assise à sa table, décontractée, calme, légère. La récréation, puis les cours suivants. Toujours imprégnée de détente, elle continue d’imaginer sa journée se dérouler, jusqu’au soir ou elle se couche en écoutant cet enregistrement.

Le mois suivant notre rencontre, miss L me dit que son père est content car elle va de plus en plus en cours. Mais toi, lui demandai-je ? « et bien moi, une fois enfermée dans la salle, j’ai souvent peur de devoir demander à sortir pour courir aux toilettes si jamais j’ai envie de vomir ». Cette angoisse de demander au professeur de quitter la salle la terrifiait et provoquait chez elle une crise de panique « intérieure » avec sueurs, perte d’attention des propos du professeur, mains moites et … envie de vomir.

Je lui propose alors de modifier un détail de sa journée idéale. Maintenant qu’on a appris ensemble à bien respirer, et à ressentir du calme, nous allons glisser dans la futurisation, le moment où elle va demander, SEREINEMENT, au professeur de sortir de la salle pour aller aux toilettes. Je l’ai sentie se raidir… mais elle joue le jeu.

Surprise ! Miss L me confiera qu’elle ne s’est pas imaginée idiote à demander d’aller au toilette, son copain Baptiste y va quasiment tous les jours ! Et elle s’est même rendue compte, toute seule, que si par malheur elle vomissait… et bien ses copains de classe n’allaient pas se moquer mais plutôt la plaindre parce que eux non plus n’aiment pas vomir ! Si elle est malade, ce n’est pas de sa faute et c’est ce qu’elle répondrait si quelqu’un rigolait…

Miss L continua à venir me voir … mais surtout elle continua à retourner au collège … calmement, sereinement et certainement un peu plus confiante …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *